Jounen kréyòl oliron la tè
Journée international du créole
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Jounen kréyòl oliron la tè
Journée international du créole
Petit à petit, les choses prennent forme. Retour houleux, bouleversant, plein de
passion et de fougue. Le temps me boude et ce blog en fait les frais, mais les faits sont là et comptent de plus en plus.Trève de discours, les choses se passent:
Oh temps suspend...
Que dire sinon que le silence n'est pas un oubli! Le retour au pays est long et riche en émotions diverses. La tentation de balades en pleine nature ou de virées sur les routes de l'île est plus
grande que l'envie de pianoter sur mon clavier. Que l'on me jette la pierre...Non, je préfère encore vous abandonner à la lecture de ce texte...
C'est
J'ai regardé mon monde à travers un kaléidoscope
Comme un cosmos en éclat. Confetti de rêves syncopes
J'ai écouté mon monde comme un rara la simènn sent
Milaner sa faconde diatribe en mal d'étreinte
C'est un monde
Où j'émonde une amande de rêves
C'est un monde
Où commande d'immondes démons sans trêves
C'est le mépris bon marché si cher à nos oreilles
C'est la sourde clameur d'un cri qui s'ensommeille
C'est le tounen viré d'une douceur amère
C'est la lave en cocon dans l'hymen du cratère
C'est la céphalée stridente d'une peine sans terme
C'est la cage sans barreau du vol triste du sterne
C'est le pays natal retourné tjou pou tèt
C'est le poisson qui git dans un cube sans arête
C'est ma voie qui réclame un chemin de traverse
C'est ma raison qui hurle en veine controverse
C'est mon oui qui est oui c'est mon non qui est non
C'est un drame fantastique qui n'a que deux saisons
C'est le mont épelé en merveille de grandeur
C'est le dire et le dire est un faire quia peur
C'est la bestialité de la nature faite force
C'est la force de l'ordre aux codes en entorse
C'est mon sang qui rougit d'une fraternelle déveine
C'est l'idée sans les actes et la fête bréhènne
C'est mon Moi qui dit mot car je suis et je pense
C'est mon Ca pleins de maux qui remplissent sa panse
C'est la cacophonie du silence des mornes
C'est le funèbre augure du lambi dans sa corne
C'est un cortège de corps jetés en pâture à l'asphalte
C'est un peuple qui dresse son propre catafalque
C'est un samedi sans baron
C'est un culte sans panthéon
C'est un pays mêlé d'iode et de ciment rafistolé
C'est un bonbon acidulé qui crisse sous des dents gâtées
C'est un film en technicolor avec une bande son en créole
C'est une comédie bililik dont on se fiche bien des paroles
C'est un conte à dormir debout où les diablesses vont à la messe
C'est une confusion confuse où le chien n'est pas au bout de la laisse
C'est un tout et son contraire dans un grand désordre cosmique
C'est mon bonheur et mon malheur dans une tragédie comique
Les poèmes se font de plus en plus rares sur cette page mais pas dans mon cahier. Voici donc le dernier en date! Bonne lecture
Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié
Sanctifie aussi le sang des pères d’outre vie mêlé à l’âcre de leur sueur versée sur la terre lacérée de soupirs incéssants et de larmes coutelas
L’espoir du pain de chaque jour avait l’ironie sombre d’un papayer mâle au goût de sucre amer.
Et le pardon est né de l’offense vive mais lasse de combat sans soldats aux cicatrices sang.
L’oubli est une tentation qui n’soigne pas les blessures. Roseau qui plie jamais ne casse et la douleur vit sans censure.
Au nom du béké, du colon, Saccharum robustum
A perte de vue, les champs de canne déroulent leurs panaches blancs narguant les vents fougueux qui sentent les embruns
Leurs flèches ont transpercé tant de cœurs innocents qu’elles se pavanent hautaines
Insolents souvenirs de silences supplices
Les relents cendrés de canne que l’on consumme porte le cœur aux lèvres. Nausée tropicale
Tant de particules en nuée dessinent une rumba ivre de rhum de malavwa
Les rues de Gorée semblent si loin déjà et pourtant la complainte de l’amarreuse en peine conte la traversée Elle dit : coolis. Elle dit bossale. Elle crie Hayiti chérie
Raché koupé pléré Raché, koupé, pléré. Raché, koupé, pléré. Raché, koupé, pléré
Un chant sans voie où les roseaux sucrés déversent une eau-de-vie qui dévale les mornes
Elle dit : An ba rôb. Bikanna blan. Gro Néli. Gwatémala. Jounou poul. Sent kwa.
Elle dit : Père Labat aurais-tu oublié tous les Pater nostrum ? Toi qui nous enseigna Sacharum robustum au nom du capital. Au nom de tous les saints de la consommation, du pouvoir et du
gain.
Elle dit : Pardonnez-leur Seigneur même s’ils savaient ce qu’ils faisaient
Elle dit : Kalandriyé. Kristalinn. Bélandjèt. Koubaril. Pen épi lèt. Sik dôj. An gou myèl, an gou sèl. Paradoks ka bat zèl
Elle dit l’immonde géométrie aux contours aigus qui fit d’un triangle infernal un cercle aux vices innommables.
Du vésou et du sang sur les mains, les bourreaux fredonnent une vwa bèf guidant un cabrouet funèbre
Le commandeur commande, le géreur gère, l’amarreuse amarre, le coupeur coupe, les chiens aboient et le marron trépasse
Elle dit : Nozenbé. Pété po. Poslènn. Ribané. Rosinyôl.Zabitan. Maframé.
Et la terre écorchée se souvient des prières.
Et le ciel scélérat a le bleu de l’amer.
Et les champs ont un goût de sang coagulé. Et les âmes…Et les larmes
Et la sombre mélodie d’un padjanbèl mutique dit que le sucre est argent et que la souffrance dort.
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