Dabò pou yonn ou Déja pou yonn: tout d’abord
Littéralement cette expression créole signifie : d’abord ou déjà, pour un. C’est cette subtilité que j’affectionne. Cette suggestion d’énumération (un, puis deux…) me paraît tellement représentative de notre culture où tout se fait à profusion. Non contents de donner une indication sur la liste, il nous faut en plus souligner qu’elle risque d’être longue. Quand j’entends cette expression, les limites me semblent repoussées.
Souvent les sermons parentaux se galonnent de ce Déjà pour un qui en dit long !
Patrick Chamoiseau le prend à son compte dans sa Biblique des derniers gestes…Une expression qui rythme la narration, la colore.
Il était légitime que je commence l’histoire de cette page avec cette expression bien du chez moi des îles !
Par Simone
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Fal-fret ou fal-fwet : coup du sort ; stupeur ; désillusion brutale
Fal : gorge, poitrine, estomac. Mot connu dans l’ensemble de la Basse Normandie et qui proviendrait du vieux norrois (scandinave) falr qui signifie tube.
Fret : froid, frais. Proviendrait du normand : freid.
En lisant cette définition du dictionnaire de Raphaël Confiant, j’ai voulu en savoir plus sur ces influences normandes. L’auteur développe cette question :
La grande majorité des colons français qui se sont installés aux Antilles au début du 17e siècle étaient des normands. C’est pourquoi le créole ne proviendrait pas du français comme on le dit très souvent (d’ailleurs, à l’époque, le français standard utilisé de nos jours n’existait pas encore !) mais du dialecte normand. D’autre part, l’absence de « R » dans certaines expressions serait à mettre au compte des colons normands et non des esclaves africains ; puisque la plupart des langues négro-africaines comportent le « R » roulé (presque comme l’arabe). L’influence normande est donc lexicale et phonético-phonologique.
Mais revenons à mon expression : Fal-fret. Elle est surtout utilisée par une certaine génération, celle de mère. Elle fait partie d’un créole enfoui que j’aimerais plus courant tant ses métaphores sont belles.
En effet, de Fal-fret, littéralement: coup de froid dans la poitrine, on en arrive au sort et la désillusion. Interprétation libre de Mlle Simone (que ceux qui veulent en discuter n’hésitent pas) : le froid représente une douleur pour quiconque vient des îles tropicales. Qu’il arrive chez nous aux Antilles, quand les alizés se font frigides au mois de décembre, ou que nous le découvrions ici, dans le faire-froid du pays France, le froid est une désolation et représente un obstacle à surpasser. Une fois domestiqué la vie reprend. Mais quand il arrive, sa morsure est toujours brutale. C’est ainsi que j’interprète cette jolie et triste expression.
Fal-fret c’est aussi un grand groupe martiniquais de caribean-afro-jazz. A écouter sans modération…
Par Simone
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Matébis : faire l’école buissonnière
Cette expression tiendrait ses origines du mot m'a ta bi venant du bambara et du dioula (langues parlées principalement au Mali et largement utilisées pour le commerce en Afrique de l’ouest) et signifiant : je ne vais pas à cet endroit.
C’est aussi le titre d’un album du groupe Malavoi sorti en 1992. Petite digression musicale sur ce temple de la musique antillaise. Si Kassav a clairement créé un nouveau genre : le zouk, l’identité musicale de Malavoi est pour sa part plus difficile à définir. Cela tient de cette volonté de moderniser les vieux rythmes des Antilles françaises (époque foulards et madras), en leur insufflant des accents de salsa et de jazz. Une musique plurielle qui a connu un rayonnement international ! Initialement formé de quatre violonistes et d'une section rythmique (batterie, basse), le groupe naît en 1972 sous le nom de Malavoi. Variété de canne à sucre, Malavoi fut aussi le nom d'une rue sur l'île de Gorée au large du Sénégal, d'où les esclaves partaient pour les Amériques. Musique et poésie sont les maîtres-mots de ce groupe indémodable dont je recommande toute la discographie!
Par Simone
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An Tjè-koko (Kè-koko, Tchè Koko). Littéralement : au cœur du coco, comprenons de la noix de coco. Une métaphore qui signifie : entente parfaite, s’entendre à merveille.
Expression au combien imagée, aussi doucereuse par sa définition que par les sens qu'elle appelle (odorat, toucher, goût). En effet, il suffit de visualiser une noix de coco fraîche ou sèche pour comprendre qu’il vaut mieux que les relations qu’on entretient avec les autres soient à l’image de l’intérieur du fruit, plutôt que l’extérieur. Un intérieur crémeux, sucré, doux, au parfum agréable, par extension synonyme de calme, de confort, d’entente.
Par Mademoiselle Simone
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